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    À venir :

    04 mars 2024 Liberthèmes

    "Moins que jamais l'école n'est le lieu de l'émancipation individuelle. On y apprend le rendement, l'adaptabilité, la mise sous pression : au lieu de têtes bien faites, la taylorisation des neurones". Cette phrase figure dans La déconstruction de l'école - Journal d'un enseignant français 2021-2022, ouvrage de Renaud Garcia, professeur de philosophie "par vocation". Il constate l'obsolescence programmée d'un métier qui repose à l'origine sur la relation vivante avec les jeunes.
    L'accélération s'en fait particulièrement sentir dans la période récente, facilitée par la gestion étatique de la Covid et par la religion du numérique. Ceux qui résistent sont des perturbateurs, pour l'administration comme pour la majorité des élèves et de leurs parents.
    Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation pendant 5 ans, a été un "officier zélé de la technocratie en marche".
    Pour le bac, l'importance d'options de spécialités, dont les résultats sont connus en mars, limitent l'intérêt des élèves aux six premiers mois, l'obsession de la note étant devenue prégnante avec le rendez-vous incontournable avec le logiciel Parcoursup. L'angoisse des élèves et de leurs parents est d'autant plus grande que les algorithmes gérant la sélection des demandes sont secrets et peuvent varier d'un établissement à l'autre. Après plusieurs années d'utilisation, un sondage montre qu'une forte majorité le jugent stressant, injuste et inégalitaire.
    Le fond d'investissement Educapital signale que l'enseignement scolaire est le marché ayant le plus gros potentiel en France. Parmi les innovations auxquelles doivent se soumettre les professeurs :
    le logiciel Santorin qui impose sur écran une correction des copies scannées ;
    le logiciel Pronote où est saisie en direct la vie scolaire : notes, absences, emplois du temps, cours en ligne..., obligeant une consultation régulière sur écran induisant inquiétude des élèves, conflits professeurs-parents, espionnage par l'administration ;
    le logiciel Pix permettant d'évaluer et d'améliorer son "profil Pix", reflet de sa maîtrise du numérique.

    Renaud Garcia nous rappelle plus largement que "les dernières innovations technologiques entrant dans le champ des espaces numériques se diffusent comme un long poison inodore".

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    Emissions des dernières semaines :

    26 février 2024 Terre et radioactivité

    Ange Pottin, jeune chercheur en postdoctorat à l'Université de Vienne (Autriche), s'intéresse aux résidus de l'industrie nucléaire française. Vient de paraître Le Nucléaire imaginé - Le rêve du capitalisme sans Terre, prolongement de sa thèse consacrée au cycle des déchets nucléaires et aux faux espoirs de les réutiliser indéfiniment en les retraitant et en évoquant le mirage du surgénérateur, pourtant un fiasco mémorable (Superphénix définitivement arrêté en 1997).
    Il analyse la rhétorique actuelle des nucléocrates, qui s'articule autour de la défense du climat et de la souveraineté énergétique. En rappelant les réalités concrètes de cette industrie, il déconstruit un tel discours, rapporté avec zèle par les médias complaisants.
    Il montre les signes de faiblesse qui se multiplient concernant les capacités à assurer la sécurité des installations vieillissantes, à en construire de nouvelles, et à gérer pour des milliers d'années les déchets stockés et retraités à La Hague ainsi que ceux enfouis à Bure.

    La fumée repeinte en vert qui s'échappe des réacteurs ne peut faire oublier que "cette énergie est symptomatique d'un capitalisme industriel traversé par une étrange contradiction : tout en promettant l'indépendance vis-à-vis de la Terre, il étend sans cesse sa pesante emprise terrestre".

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    19 février 2024 Anarchie et anarchistes

    Après LʼOrdre contre lʼHarmonie – Anthropologie de lʼAnarchie, un autre ouvrage de Charles Macdonald va sortir au printemps prochain, L'autorité sans le pouvoir - Anthropologie critique, perspectives libertaires.
    Afin de mieux comprendre le présent il développe une hypothèse sur la source et l'origine de l'organisation humaine : "la modernité peut devenir plus intelligible dans la perspective d'une théorisation de l'anarchie, qui s'avère l'une des idées les plus productives que j'aie jamais rencontrées dans ma carrière d'anthropologue professionnel".
    Il rappelle que "les êtres humains peuvent vivre et ont vécu très longtemps non pas dans une structure sociale rigide et mécanique, mais dans le respect de valeurs propices à un mode de vie libre, ouvert, égalitaire, solidaire. C'est ce qui survit dans le cœur de beaucoup et apparaît chaque fois que l'État faiblit".
    Il présente les principes de la vie collective anarchique : partage, égalité, fraternité, autonomie, liberté, solidarité, pacifisme, par lesquels le "primitif", le "sauvage" construisait et maintenait l'harmonie collective.
    À l'opposé, dans la continuité de la société marchande du Moyen-Âge, du capitalisme industriel de 19è siècle et du capital financier d'aujourd'hui, les principes socio-hiérarchiques ont transféré les liens de dépendance personnelle à une entité abstraire transcendante dotée d'une valeur suprême : Dieu, Nation, État, Patrie, Devoir, Obéissance, Honneur... Nous lui devons une loyauté indéfectible, intériorisée par beaucoup et imposé par la contrainte aux autres.

    Pour Charles Macdonald "le sauvage moderne civilisé est le bureaucrate, le fanatique religieux, le patriote", mais il nʼexiste aucune prédestination dans la "nature" de lʼHomo Sapiens pour une telle forme de vie hiérarchisée, individualisée, marchandisée car "l'anarchie, une société sans gouvernement, existe depuis des temps immémoriaux" et "le sauvage moderne non civilisé est l’anarchique, celui qui vit en la plupart d’entre nous".

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    12 février 2024 Liberthèmes

    Exceptionnellement, cette émission sera constituée de deux parties : la première nous emmènera à la découverte d’une estive en Ariège ; la seconde est un hommage à Claude Villers décédé le 16 décembre 2023 et enregistré par l’équipe de Trous Noirs à l’occasion des Reclusiennes en 2013 et 2015.

    Première partie :
    Jean Samouillan est documentariste et s'intéresse au mouvement néo-rural dans les Pyrénées ariégeoises. Il a notamment rencontré Paulo et Martine Garcia qui vivent de leur élevage de chèvres depuis le mouvement des communautés des années 70. Dans leur ferme-ressource, il accueillent des stagiaires qui se perfectionnent dans l'élevage caprin et la fabrication de fromages, frais ou en tomme.
    Les accompagnant pour la transhumance annuelle menant le troupeau de plusieurs élevages à l'estive en altitude, il y rencontre un collectif de quatre jeunes bergers qui ont choisi cette existence pour partager une vie riche, respectueuse de la nature, des animaux et de la planète.
    Mais l'ancienne fromagerie qu'ils aménagent ne correspond pas aux normes et il doivent en construire une nouvelle. Ils se servent des pierres et des arbres de la montagne pour en réaliser la structure à l'aide d'un chantier participatif.
    Dans La réponse des bergers Jean Samouillan nous transmet son plaisir de leur donner la parole et de filmer chèvres, chiens, cochons, équidés... et la montagne, si belle.

    Seconde partie :
    En 2013, lors de la première édition des Reclusiennes à Sainte-Foy-la-Grande (lieu de naissance d’Elisée Reclus), Claude Villers animait une table ronde consacrée à Reclus et les Amériques ; nous en écouterons l’introduction.
    En 2015, de retour aux Reclusiennes, il était interviewé par Lydia Ben Ytzhak et répondait aux questions du public.

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