”Comme une pointe d’acier dans une meule de beurre” : ainsi est résumée la main-mise du Parti communiste sur le syndicalisme en France, phrase d’Albert Vassart important dirigeant du Parti communiste et de la CGTU et qui se décrit ainsi : ”un métallo de tempérament libertaire devenu un apparatchik, un révolutionnaire professionnel, mettant le parti au-dessus de tout”.
Le triomphe des bolcheviques en Russie avait conduit à la création de l’Internationale communiste (IC) à Moscou en 2019 : ”Des noyaux communistes doivent être formés pour conquérir les syndicats au communisme. Ils doivent être subordonnés à l’ensemble du Parti”.
Pour faciliter cet objectif, l’Internationale syndicale rouge (ISR) est créée à Moscou en Juillet 2021. En France, la conquête de la CGT à majorité réformiste se révélant alors impossible, la stratégie va constituer à trouver des alliés dans la minorité syndicaliste révolutionnaire, qui scissionne et crée la CGTU en 1921. Ainsi, le collectif ”Vie ouvrière” autour de Pierre Monatte s’allie aux bolcheviques pour leur donner la majorité à son premier congrès (Saint-Étienne, juin 1922) : ”Il fallait écraser les anarchistes et on les a écrasés”, Ivan Stepanov, délégué IC à ce congrès.
Ainsi s’amorce un événement prédominant dans l’histoire sociale, qui va influencer négativement le mouvement ouvrier pendant des dizaines d’années, pas seulement en France.
Le 16 mars dernier, nous recevions Sylvain Boulouque, historien qui a écrit plusieurs ouvrages sur le mouvement anarchiste, pour nous parler de son récent livre Communisme et syndicalisme dans la France de l’entre-deux guerres, résultat d’une longue enquête, notamment en consultant les archives de Moscou. Il révèle les stratégies du Komintern pour faire du syndicalisme français la courroie de transmission du système communiste international.
Il revient dans cette seconde émission portant sur la période 1928 - 1938.
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L’équipe de Trous Noirs sera exceptionnellement absente ce lundi 25 mai ; retrouvons-nous la semaine prochaine.
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18 mai 2026 Liberthèmes
Les maisons parachutées, tout récent polar de Didier Daeninckx, ”entré en littérature par effraction”, se déroule en 1952 dans la Nièvre, sept ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale.
L’inspecteur Philippe Orbec enquête, suite à la découverte de trois cadavres à quelques kilomètres de l’usine métallurgique d’Imphy, sur la rive droite de la Loire, un lieu où son père Charles a été exécuté en juin 1944. Son enquête lui permet de retrouver l’identité de ces trois résistants, déportés dans le camp de concentration de Mauthausen en Autriche. Dans une annexe du camp, située dans les sous-sols d’une ancienne brasserie, ils avaient participé à une unité de travail forcé (Arbeitskommando) chargée de la fabrication d’armements mais aussi de faux billets, opération Bernhard mise en place par les nazis espérant faire effondrer les économies anglaise et américaine en les inondant de fausses livre sterling et faux dollars.
Les trois disparus, Marc syndicaliste de l’usine d’Imphy, Alexandre inspiré par un grand-oncle de Didier Daeninckx, tous deux communistes dissidents, ainsi qu’Ariano, italien qui était dans la colonne anarchiste Ascaso pendant la révolution espagnole, avaient conservé des contacts après leur retour en France.
Dans un style très agréable à la lecture, Didier Daeninckx nous remet en mémoire la France de l’époque : les acteurs de cinéma Jean Gabin, Lino Ventura, le Tour de France avec Fausto Coppi et Yvette Horner, la nourriture qui régale Philippe Orbec, les derniers bateaux-lavoirs, les faits divers que résout le commissariat de Nevers...
Son long travail de recherche de documents lui permet de sortir de l’oubli les séquelles laissées par la guerre, les haines recuites, la collaboration pendant l’Occupation, l’épuration.
Un développement particulièrement étayé rappelle un pan de l’histoire en partie occulté sur les luttes intestines au sein de Parti communiste, conduisant notamment aux exclusions d’André Marty ”le mutin de la Mer Noire”, de Charles Tillon, chef des Francs tireurs et partisans (FTP) pendant la Résistance, de Georges Guingouin, chef des maquis du Limousin. Il fallait laisser toute la place à Maurice Thorez, élément clé de la ”stalinisation” du Parti.
Dans ce livre, à lire et faire lire, beaucoup de détails sociaux et historiques sont présents, tels plusieurs militants qu’on retrouve dans le Maitron, le ”Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier”.
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11 mai 2026 Luttes sociales
Nedjib Sidi Moussa, historien d’origine algérienne, regroupe une vingtaine de textes dans Le spectre du colonialisme, paru récemment aux Éditions L’Échappée. Ils couvrent quatorze années jusqu’à 2025 pendant lesquelles, parallèlement aux crises culturelles, sociales et politiques, ”le rapport passionnel au passé colonial s’est inscrit comme une question incontournable”.
Parmi les nombreux enjeux contemporains concernés, il cite la persistance du racisme, l’instrumentalisation de la diversité, la politisation de la présence musulmane, ”le tout sur fond de décomposition du vieux mouvement ouvrier et de crise du capitalisme néolibéral”.
Sont notamment évoquées les trajectoires de figures intellectuelles confrontées à cette réalité, tels Albert Camus, Frantz Fanon, Joseph Gabel, Maxime Rodinson.
Certains textes fournissent des informations peu connues, notamment dans ”Par delà l’anticolonialisme : Guy Debord”. Ainsi, quatre ans après l’indépendance algérienne, l’Internationale situationniste dénonçait dans le modèle léniniste qui inspirait l’opposition algérienne une ”contre-vérité policière de l’Histoire” et développait une réfutation du bolchevisme ”pour éviter aux ex-pays colonisés les impasses étatiques, développementalistes ou religieuses”. L’IS critiquait les idéologies au service des ”nouveaux maîtres” : castro-guévarisme, nassérisme, titisme, maoïsme, benbellisme.
Dans un autre texte est cité Mohamed Saïd, militant kabyle hostile au colonialisme, au nationalisme, à la religion et qui avait appartenu à la colonne Durruti pendant la révolution espagnole : ”La grande masse des travailleurs kabyles sait qu’un gouvernement musulman à la fois religieux et politique ne peut revêtir qu’un caractère féodal”.
Dans cet ouvrage Nedjib Sidi Moussa nous invite à ”surmonter les oppositions binaires Occidental/non Occidental, Blanc/non Blanc, Nord/Sud dans le but d’embrasser l’universalité de notre commune humanité”.
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