Les pesticides ont failli être un peu surveillés ; ils reviennent en force. Le profit avant la santé, toujours !
Nous vous proposons de réécouter l’émission du 22 décembre 2022 :
Pesticides : Autour des années 2010, 2891 spécialités ont été vendues en 5 ans.
En 2017, leur consommation avait augmenté de 25 %, alors que le plan gouvernemental Ecophyto prévoyait une réduction de 50 %.
Les substances ayant des effets à long terme, dont 54 cancérogènes ou toxiques, représentent le quart des ventes des cinq plus grosses entreprises mondiales (« Big Five ») et 11 % du marché français.
À lui seul, le glyphosate (notamment le Roundup) cancérogène représente le tiers des ventes du « Big Five ». La couverture médiatique qui a accompagné la controverse publique, ainsi que celle des néonicortinoïdes (Gaucho, Regent), qui déciment les abeilles, ont mis en évidence les manœuvres utilisées par les industriels pour préserver leurs profits.
Notre invité, François Dedieu, chargé de recherche en sociologie à l’Institut national de la recherche agronomique et de l’environnement (Inrae) explique que leurs « stratégies de marchands de doute sont la partie émergée de l’iceberg » :
Les procédures et normes utilisées pour l’autorisation de mise sur le marché d’un produit (AMM) utilisent de nombreuses données fournies par les industriels et ne sont qu’une évaluation a priori sur sa non-dangerosité, basée sur des seuils d’innocuité.
Sur le terrain, conditions d’utilisation multiples, nombre important de pesticides manipulés par l’agriculteur, des conditions climatiques variables... mettent en évidence de nombreuses « zones d’ombre » des tests et menacent la santé humaine et l’environnement.
D’autre part, une exposition « faible », inférieure aux seuils autorisés, sur une longue durée peut avoir des effets qui n’apparaîtront que plus tard, comme c’est le cas pour la radioactivité.
Dans son livre à paraître Pesticides : le confort de l’Ignorance, François Dedieu montre que la préservation des secrets de l’homologation conduit à effacer la différence entre « science » et « science réglementaire » administrative. Il conclut que « l’inertie restera la règle sans une prise de conscience politique et collective profonde ».
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