L’uranium naturel extrait et concentré par la pieuvre nucléaire a l’apparence appétissante d’une poudre jaune d’oxyde d’uranium appelée yellowcake (”gâteau jaune”). Elle doit ensuite être ”purifiée” puis ”enrichie”, avant de transmettre son énergie dans un réacteur nucléaire, dont les 2/3 s’échappent sous forme de chaleur. Le Grand Charles ayant décidé que la France devait être une puissance nucléaire (militaire et civile), la purification est réalisée sur le site de Malvesi (Aude) et l’enrichissement à Pierrelate (Drôme). Après plus d’un demi-siècle de purification du quart de la production mondiale, 350 000 mètres cubes de résidus radioactifs résident dans de vastes bassins à 3 km de Narbonne, sans que la population et ceux qui travaillent dans l’usine soient informés de leur rôle de ”cobayes”.
Notre invité, Sébastien Navarro, décide d’aller sur place et d’écrire Malvesi, un livre sur ce lieu au cœur de la filière nucléaire. Dans son enquête, digne d’un polar de Didier Daeninckx, il évoque avec humour ses échanges avec divers opposants : biologiste, ingénieur militant, travailleur de l’usine atteint de leucémie, antinucléaire ambiguë, menuisier, riveraine.
Mais ils sont très minoritaires dans le Narbonnais, où on préfère ne pas questionner une activité qui apporte emplois, impôts et taxes locales.
Deux exceptions passagères à cette ignorance volontaire :
- mars 2004 : la rupture d’une digue a entraîné l’écoulement d’un fleuve de boue vers les jardins du voisinage,
- 2017 : plusieurs milliers de manifestants contre le projet d’une usine de traitement des déchets les passant dans un four à 800 °C, dont la cheminée enverrait les fumées directement au cœur de la ville.
Sébastien Navarro, conscient de l’affaiblissement du mouvement antinucléaire, pense que ”sans effervescence sociale, il ne se passera rien”.
Malvesi devrait être le livre de chevet de tout Narbonnais et plus largement de tous, car ”quand tu commences à creuser le dossier Orano, tu deviens antinucléaire. Tu comprends l’ensemble des enjeux et la globalité de cette industrie. C’est l’État, ce sont les partis politiques tous pro-nucléaires”, Joël le menuisier.
~ ~ ~ ~